Panique au service Com'
Il est vingt-et-une heures au QG de campagne de la France Insoumise. Les traits tirés, l'équipe Com' s'est réunie à la va-vite.
"C'est une catastrophe, commence Maurice, cinquante-trois ans, Directeur de la communication du parti. La semaine dernière, nous avons couvert tous les murs de Paris avec des affiches "Sarkozy, Hollande, je vote, ils dégagent !". Alors quand le premier connard a pris sa branlée il nous en restait un à insulter, mais là on est mort putain, faut refaire toute la campagne ! Des idées ?"
Silence dans la salle, personne n'ose prendre la parole. L'heure est grave, la campagne est compromise. La défection des deux principaux ennemis désignés remet tout en cause. Enfin, Nicolas, le jeune stagiaire, ose intervenir :
"Y a qu'à juste changer les affiches en remplaçant "Sarkozy" par "Fillon" et "Hollande" par "Valls", non ?
- C'est qui ce connard ? demande Maurice.
- Tu sais, c'est le stagiaire, répond timidement Marie-Christine.
- Alors, ta gueule, connard de stagiaire.
- Tu y vas un peu fort, Maurice, intervient Jean-Philippe, community manager.
- J'y vais pas fort. C'est un connard de petit stagiaire de merde. Leurs noms ont pas le même nombre de syllabes, abruti. Comment tu veux qu'on les échange ? Ça nique toutes les mises en page ! Putain, on est morts ! On a plus de fric pour refaire les créas !
- Et si on remplaçait la thématique "Sarkozy, blaireau" par "Fillon, fils de pute" ? demande Marie Christine. On récupère le bon nombre de syllabes là.
- Mais t'as deux de QI, ma pauvre fille, hurle Maurice. Et les travailleuses du sexe ? Qu'est-ce qu'elles vont penser ? C'est nos électrices les travailleuses du sexe, putain !
- Du coup, faudrait pas trop dire putain, dit Nicolas, grognon.
- Et qu'est-ce que tu penses de "Fillon, enculé" ? insiste Marie-Christine. C'est bien ça, non ?
- Et les pédés ? demande insidieusement Maurice.
- Quoi les pédés ? demande la jeune femme.
- Tu veux rendre cet enculé de Fillon sympathique auprès des pédés ? C'est ça ? Tu veux saboter la campagne, espèce de grosse connasse ? Tu veux nous faire perdre les pédés ? C'est nos électeurs les pédés bordel ! Ils sont pour nous les pédés !
- Ouais, dit Nicolas un peu plus fort. Mais alors les traiter de pédé c'est un peu dommage, non ?"
Une seconde de silence. Une gifle qui retentit. Pendant que le stagiaire sort en pleurant, Jean-Philippe tente d'être constructif. Il propose d'arrêter d'insulter les adversaires et de rédiger un programme. Cela fait bien rire tout le monde et détend l'ambiance. On opte finalement pour "Fillon salopard" et l'on décide d'attendre les premières tendances de la primaire pour savoir qui insulter à gauche.
Autre QG, autre ambiance. Au NPA, Philippe Poutou adresse un satisfecit au syndicaliste automobile reconverti en gourou de la Com' :
"Putain t'as eu le nez creux en nous faisant opter pour "Sarko dégage". C'est hyper facile à adapter.
- Je te l'avais bien dit, camarade, que ça permettait de changer avec "Juppé" ou "Fillon", c'était fastoche, il suffisait de virer une syllabe !
- Et pour les éditions, ça va aller ?
- T'inquiète, je ferai les impressions au boulot.
- T'as encore un boulot, toi ?
- Au bureau quoi.
- Et pour Hollande, on fait quoi ?
- Boah, on attend les sondage, et on changera par "Manuel" ou "Macron" sur les tracts..."
Loin du tumulte des services Com' des partis, le Président est nostalgique. Il sait qu'il a pris la meilleure décision, pourtant il a un petit pincement au coeur. Ouvrant le tiroir de son bureau, il sort un livre. Son ancien conseiller, Aquilino Morelle lui a fait la primeur de son brûlot à sortir en janvier. Narquois, le Président le renvoie à l'éditeur avec un petit mot sur la première page : "bonne chance pour les ventes. LOL."
Lundi matin, il faudra bien trouver un type pour écrire un bouquin sur un autre...
++
No