Quand le Doliprane fait mal à la tête

Publié le par Nono

Nous sommes fichus, le Doliprane s'en va !

Depuis quelques jours, les Français vivent dans la terreur : Sanofi serait sur le point de vendre l'usine du Doliprane a des investisseurs américains.

La production va-t-elle être délocalisée ? La France va t-elle vaciller sur ses bases, privée comme elle le sera du précieux comprimé ? Va-t-on tous devoir se rabattre sur de l'aspirine ? Voilà les questions que tous se posent.

Bien, bien, bien. Soyons objectifs. Passons sur le fait que lors d'une récente crise sanitaire, nos vaccins aient été américains (les investisseurs étrangers favorisant alors l'accès aux soins plutôt que le contraire). Posons la vraie question : "le Doliprane à des étrangers : qu'est-ce que ça change ?"

Demain, l'entreprise serait donc française, mais détenue majoritairement par des étrangers. Alors qu'aujourd'hui, en fait, elle est... française et détenue majoritairement par des étrangers ! Aïe, Sanofi n'est déjà plus détenue localement !

Mais alors, serions-nous sommes déjà en risque majeur ?! Vite : tournons-nous vers le numéro deux du secteur. Qui est-ce ? UPSA ! Ah, zut : filiale d'un laboratoire japonais. Encore des étrangers ? Ils sont décidément partout ! C'est sûr, ils ont tout délocalisé sauvagement ? Eh non : ils produisent en France.

Bien, vous voyez où je veux en venir : un nouveau psychodrame inutile se déroule sous nos yeux. Une simple opération financière entre deux groupes comme il y en a chaque jour, qui a juste trouvé l'écho des médias et autres politiques...

On pourrait ajouter que rien a priori, en cas de délocalisation, n'empêcherait les gentils investisseurs bien Français de reprendre l'usine et ses employés. On pourrait poursuivre en indiquant que l'usine en question ne produit pas le paracétamol mais se contente de le conditionner. On terminerait, pour enfoncer le clou, par rappeler que le paracétamol est une molécule ancienne et ne faisant plus l'objet d'aucun brevet : en cas de besoin, la France pourrait aisément monter une nouvelle usine...

On ne le fera pas. Parce que là n'est pas le fond du sujet. Si ce débat ridicule a lieu, ce n'est pas à cause de la stupidité des gens. Je ne pense pas non plus que ce soit par flemme d'investir cinq minutes de son temps pour trouver les renseignements cités un peu plus haut. Le Doliprane est en réalité le nom des fractures de la société française. De la volonté de tous les camps d'en découdre, de crier sans discernement, d'alimenter la colère populaire.

Car ainsi le Doliprane, ce sont des dizaines d'éditos de gauche : "... et la voracité du Grand capital néolibéral s'abat de nouveau sur la tête des pauvres travailleurs Français désormais susceptible de mourir à tout moment frappés d'une migraine foudroyante...". Y répondent des éditos de droite : "... les membres de l'ultra-gauche sectaire se battent pour bloquer l'arrivée des capitaux étrangers en France. Ils sont pourtant tellement nécessaires à son redressement...". Les communistes s'en mêlent : "... une seule solution : nationaliser l'ensemble de la production médicamenteuse dans le pays !". Et même l'extrême-droite : "... les suppôts de l'islamo-gauchisme entendent liquider à vil prix les derniers joyaux de l'industrie française aux ennemis de la République..." Tout le monde concluant avec verve : "c'est la faute au Gouvernement !"

Chez Krankenkamel, blog rassembleur, cela nous interpelle. Et si, au lieu de revenir au Gouvernement, la faute était celle des incendiaires qui se battent quotidiennement pour alimenter des polémiques absurdes ?

Et si pour redresser la barre, il suffisait d'arrêter de les écouter pour se concentrer sur ce qui compte vraiment ?

Pensez-y !

A+
Nono

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Publié dans krankenkamel

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