Le théorème de la ficelle
Ma fille vient de fêter ses cinq ans. Les dernières années, j'ai donc beaucoup arpenté les parcs, aires de jeux et autres squares... Jusqu'à y trouver l'explication universelle à tous les problèmes de notre pays !
Au hasard de travaux dans "le parc des grands", nous sommes retournés plus souvent dans le "parc des petits" et avons pu constater ses évolutions.
La plus frappante ? Le changement dans le verrouillage des portails.
Quand la Chipie était toute petite, ils étaient sécurisés par de simples ficelles : un côté attaché au portail et une boucle autour du pilier qui pouvait se sortir par le haut. Un bébé n'étant pas capable de soulever la ficelle, le système, quoique simple, se révélait redoutablement efficace.
Seul problème : certains parents ne faisaient pas attention à la ficelle. Ils forçaient bêtement sur le portail et la cassaient, obligeant les employés municipaux à en mettre une autre.
Ces-derniers ont alors dû se lasser de passer leur temps à raccrocher des ficelles. Ils ont fini par installer des verrous. Là aussi c'était efficace, mais un peu moins simple : lorsqu'on se trouvait du côté opposé, il était parfois difficile de les attraper, gêné que l'on était par une poussette ou une trottinette. Sans compter qu'il fallait désormais veiller à ce que bébé ne se pince pas en tripatouillant le verrou.
La sécurité a encore décliné : une bonne partie des parents ne prenaient pas la peine de tirer le verrou et des enfants en profitaient pour filer hors de l'aire de jeu.
Qu'à cela ne tienne : un nouveau système a été installé !
Il s'agit d'une sorte de bras articulé avec un piston qui referme automatiquement le portail. Pour que cela soit sécurisé, il faut qu'un enfant de deux ans soit incapable de le pousser. Cela implique la nécessité d'une certaine force pour en venir à bout. Sauf qu'un enfant de deux ans, c'est déjà relativement costaud quand ça s'acharne à ouvrir un portail ! Pour les parents cela se transforme en épiques numéros de contorsion quand il s'agit d'ouvrir en grand pour rentrer sa poussette tout en veillant à ce que le battant ne se referme pas brutalement sur un enfant.
OK, mais où ce satané blogueur veut-il en venir en nous racontant tout cela ?
Eh bien c'est très simple : cette histoire de ficelle est à mon avis le symbole de tous nos dysfonctionnements ! Ainsi, en l'espace de trois ans, il a fallu pour compenser la négligence des parents, installer trois systèmes différents... Et c'est finalement le modèle le plus coûteux et le moins commode qui s'est imposé !
Chômage, inefficacité, immobilisme, dette, politiciens et autres maux qui nous frappent chaque jours ne pourront trouver de solution que lorsque nous serons collectivement capables de sécuriser un portail d'aire de jeu avec une simple ficelle ! D'ici-là, nous méritons bien tout ce qui nous arrive...
Alors, on raccroche le fil ?
A+
Nono