La recherche de stage
En ce moment, je cherche un stage et c'est très chouette! Chercher un stage cela reviens à demaner à des gens de vous exploiter. J'écris donc des tas de belles lettres du type: 'Monsieur, j'achève ma formation d'Ecole Supérieure de Commerce, j'ai donc un bac + 5 et je souhaiterais travailler pour vous 70 heures par semaines sans être payé, je ne suis pas un philantrope, je suis un stagiaire!".
Faire ça 200 ans après l'abolition de l'esclavage, c'est un plaisir d'esthète. Le stage c'est avant tout un don de soi. Le stagiaire est entièrement dévoué à son maître de stage et est prêt à se tuer à la tâche pour qu'il puisse partir en week-end tous les vendredis à midi en étant pleinement rassuré: son petit stagiaire veille amoureusement sur ses affaires jusqu'à samedi 20h30... Et le plus beau c'est que c'est gratuit, de quoi avoir l'esprit léger sur les terrains de golf ou lors des barbecues entre amis. Avoir un stagiaire, c'est un peu avoir un chien qui obéirait aux ordres, avoir un robot qui ne nécessiterait pas d'entretien, avoir un emploi à temps partiel payé à temps plein. Quelle puissance d'être le maître d'un petit étudiant et quelle joie incommensurable de voir pleins de petits étudiants qui vous supplient de les posséder pendant six mois... Et d'en jeter les trois quarts parce que vous comprenez, nous des gens qui nous proposent de travailler gratuitement dans des postes pour lesquels ils sont surqualifiés, ça ne nous intéresse pas.
Mais les mentalités évoluent. Quand le stage dure plus de trois mois, la rémunération est obligatoire! C'est ainsi qu'un stage de césure de 12 mois chez Pernod Ricard sera gratifié d'un salaire de 1 euro par mois. A la fin de votre stage vous aurez donc les moyens de vous offrir une bouteille! Cet exemple, non isolé témoigne du franc foutage de gueule qui entoure les stagiaires! En première année j'ai eu l'honneur et l'avantage de recevoir de la part de Carrefour 200 euros pour trois mois ce qui ne couvrait pas mes frais d'essence pour aller travailler. C'est encore plus un plaisir d'esthète de payer pour travailler.
Enfin, qu'est ce qu'on ne ferais pas pour aller chercher la croissance dont a besoin la France par une revalorisation de la valeur du travail!
Nono